6 minutes de lecture
À chaque rupture de contrat, vous devez indemniser les congés payés non pris. Le calcul de cette ICCP (indemnité compensatrice de congés payés) oppose deux méthodes légales, et la moindre erreur fausse le solde de tout compte. Nous détaillons la définition, les formules de calcul, le traitement sur la fiche de paie et les cas particuliers (CP 0, intérim) pour fiabiliser vos traitements.
Résumé
- L'ICCP est due à tout salarié quittant l'entreprise avec des congés non pris, quelle que soit la cause de rupture (art. L3141-28 du Code du travail). L'exception pour faute lourde a été abrogée par le Conseil constitutionnel en mars 2016.
- Deux méthodes de calcul existent : le 1/10ème de la rémunération brute et le maintien de salaire. Vous devez retenir la méthode la plus favorable au salarié.
- L'ICCP apparaît sur une ligne distincte du bulletin de paie, dans le solde de tout compte, soumise à cotisations sociales et imposable comme le salaire ordinaire.
Qu'est-ce que l'ICCP et à quoi sert-elle ?
L'ICCP (indemnité compensatrice de congés payés) est une somme versée par l'employeur au salarié qui quitte l'entreprise sans avoir pris tous ses congés payés acquis. Cette obligation légale est encadrée par l'article L3141-28 du Code du travail. Le versement intervient au moment de la rupture du contrat, quel que soit le motif : démission, licenciement, départ à la retraite, rupture conventionnelle, fin de CDD ou fin de mission intérim.
Depuis l'arrêt du Conseil constitutionnel du 2 mars 2016, l'ICCP est due même en cas de faute lourde. L'exception qui permettait autrefois de priver le salarié de cette indemnité a été abrogée.
Il faut distinguer l'ICCP d'autres indemnités liées à la rupture :
- l'indemnité de congés payés versée pendant un congé effectivement pris (art. L3141-24) ;
- l'indemnité de licenciement (art. L1234-9) ;
- l'indemnité de fin de mission intérim (art. L1251-32) ;
- l'indemnité de précarité CDD (art. L1243-8).
Une exception notable : si un CDD est transformé en CDI dans la même entreprise, aucune ICCP n'est versée. Le salarié conserve ses droits à congés payés et les reporte sur son nouveau contrat.
L'ICCP compense financièrement les jours de congés payés acquis mais non pris à la date de rupture du contrat. Elle indemnise le salarié pour la perte de son droit à congé, quel que soit le motif de départ.
Comment calculer l'ICCP : méthode du 10ème ou maintien de salaire ?
L'ICCP se calcule selon deux méthodes légales. L'employeur compare les deux résultats et retient le montant le plus favorable au salarié.
La méthode du 1/10ème
La méthode du 1/10e consiste à calculer l'ICCP comme le dixième de la rémunération brute totale perçue pendant la période de référence. La formule est la suivante : ICCP = 1/10 × rémunération brute totale de la période de référence × (jours dus / jours acquis).
La période de référence s'étend du 1er juin N-1 au 31 mai N, sauf accord d'entreprise prévoyant des dates différentes.
Exemple chiffré : un salarié a perçu 26 400 € de rémunération brute sur 12 mois. Il a acquis 30 jours de congés payés et n'en a pas pris 12. Le calcul est : 26 400 / 10 × (12 / 30) = 1 056,00 €.
Les sommes prises en compte dans l'assiette de calcul incluent :
- le salaire de base et les majorations (heures supplémentaires, travail de nuit) ;
- le salaire reconstitué pendant les périodes assimilées (maternité, paternité, maladie) ;
- l'indemnité de congés payés de l'année précédente ;
- la prime d'ancienneté, les commissions et les avantages en nature ;
- l'indemnité d'activité partielle et l'indemnité de précarité CDD.
Sont exclues du calcul : la prime de fin d'année, la prime d'intéressement, la prime de participation et les frais professionnels.
La méthode du maintien de salaire
La méthode du maintien de salaire reconstitue la rémunération que le salarié aurait perçue s'il avait travaillé pendant ses congés. Vous obtenez un salaire journalier moyen, puis le multipliez par le nombre de jours de congés non pris.
Calculez ce salaire journalier en divisant la rémunération mensuelle par 21,67 (en jours ouvrés) ou 26 (en jours ouvrables moyens).
Exemple chiffré : pour un salaire de 2 200 € par mois et 12 jours ouvrables non pris, le calcul est : (2 200 / 26) × 12 = 1 015,38 €.
Retenir la méthode la plus favorable au salarié
L'employeur doit comparer les deux méthodes et retenir le montant le plus élevé (art. L3141-24 du Code du travail). Dans les exemples ci-dessus : 1 056,00 € (méthode du 10ème) > 1 015,38 € (maintien de salaire). L'employeur retient 1 056,00 €.
Pour automatiser cette comparaison et éviter toute erreur, notre solution de paie calcule les deux méthodes simultanément et applique automatiquement la plus avantageuse.
Cadre légal
Articles L3141-24 et L3141-28 du Code du travail. Période de référence : du 1er juin au 31 mai. Obligation de comparaison entre le 1/10ème de la rémunération brute et le maintien de salaire. Le montant le plus favorable au salarié s'applique. L'ICCP est due quel que soit le motif de rupture, y compris en cas de faute lourde (Conseil constitutionnel, 2 mars 2016).
Gestion de paie
Optez pour une solution précise, efficace et fiable. Nous vous accompagnons avant, pendant et après l’installation. Avec Kelio, la paie est dans le mille !
Comment traiter l'ICCP sur la fiche de paie ?
L'ICCP doit apparaître sur une ligne distincte du bulletin de paie, dans le solde de tout compte. Le bulletin doit mentionner le nombre de jours concernés, le taux journalier et le montant brut correspondant.
Deux lignes distinctes peuvent figurer sur le bulletin :
- « ICCP en cours d'acquisition » : correspond aux congés en cours d'acquisition non pris ;
- « ICCP acquis » : correspond aux congés acquis non pris.
Voici un exemple de lignes sur le bulletin de paie :
| Ligne de paie | Jours | Taux journalier | Montant brut |
|---|---|---|---|
| Indemnité compensatrice CP en cours d'acquisition | 10 | 76,92 € | 769,20 € |
| Indemnité compensatrice CP acquis | 12 | 86,67 € | 1 040,04 € |
L'ICCP est soumise aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu dans les mêmes conditions que le salaire ordinaire. Le versement doit intervenir au plus tard à la date de rupture du contrat.
ICCP en cours d'acquisition et solde CP 0 : comment gérer les régularisations ?
L'ICCP en cours d'acquisition correspond aux congés payés générés sur la période de référence en cours et non encore soldés au moment de la rupture. Le salarié n'a pas terminé sa période d'acquisition, mais a déjà généré des droits partiels qu'il faut indemniser.
Le cas CP 0 désigne un solde de congés payés à zéro en début de période. Le salarié n'a aucun congé acquis à compenser, mais peut avoir généré des congés en cours d'acquisition. En cas de départ en cours d'année, la régularisation ajuste ce solde au prorata des jours acquis et non pris.
Bon à savoir
Un salarié part en mars avec un solde CP 0. Il n'a aucun congé acquis à compenser, mais a généré des congés en cours d'acquisition depuis le 1er juin. S'il a travaillé 9 mois sur 12 sans prendre de congé, il acquiert 22,5 jours ouvrables sur 30. L'employeur calcule alors l'ICCP sur ces 22,5 jours, ce qui garantit une indemnisation exacte au prorata du temps de travail.
Comment différencier l'ICCP des autres acronymes de paie (ECCP, EPPCS) ?
Les sigles ECCP et EPPCS figurent sur les logiciels de paie et les bulletins, et les RH les confondent avec l'ICCP. Ces trois acronymes désignent pourtant des réalités distinctes.
- L'ECCP (Estimation des Congés Payés) évalue en cours d'année le montant des congés payés acquis. Elle sert au provisionnement comptable et au suivi des droits.
- L'EPPCS (Évaluation des Provisions pour Congés Payés et Soldes) calcule les provisions à passer en comptabilité pour les congés payés non pris à la clôture.
| Acronyme | Définition | Usage | Moment |
|---|---|---|---|
| ICCP | Indemnité compensatrice de congés payés | Versement réel au salarié | Rupture du contrat |
| ECCP | Estimation des Congés Payés | Estimation et suivi des droits | En cours d'année |
| EPPCS | Évaluation des Provisions pour Congés Payés et Soldes | Provisionnement comptable | Clôture comptable |
L'ICCP correspond à un versement réel au salarié. L'ECCP et l'EPPCS relèvent d'écritures d'estimation et de provisionnement, sans impact immédiat sur la rémunération.
Quelles spécificités pour l'ICCP en intérim et les caisses de congés payés ?
BTP, spectacle, transport, manutention portuaire et travail temporaire cotisent à une caisse de congés payés. Dans ce cas, l'employeur verse les cotisations à la caisse, qui se charge de payer l'ICCP au salarié.
Pour l'intérim, l'ICCP est versée à la fin de chaque mission et se cumule avec l'indemnité de fin de mission (10 % de précarité). Exception : si le CDD est transformé en CDI dans la même entreprise, aucune ICCP n'est versée, car le salarié conserve ses droits à congés payés.
Vous recherchez une solution de gestion de la paie qui vous offrira la possibilité d'effectuer les indemnités compensatrices des congés payés de façon sûre et fiable ?
Automatisez votre gestion de la paie avec Kelio
+ 20 000 clients
Fabrication française
Interlocuteur dédié
Directrice Produits Paie et GTA chez Kelio, Hélène Clément évolue depuis plus de 15 ans dans l’univers du SIRH, de la paie et des process RH. Son approche : accompagner l’évolution des solutions en conciliant contraintes réglementaires, besoins métiers et réalités terrain.