RH : qui prend soin de vous quand vous prenez soin des autres ?

RH : qui prend soin de vous quand vous prenez soin des autres ?
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Recrutements, procédures, burn-out des autres : vous passez vos journées à veiller sur les équipes. Mais qui veille sur vous ? Longtemps taboue, la santé mentale des RH sort enfin de l'ombre. À travers les témoignages croisés de Céline Verhelst, RRH chez Auchan, Julie Samper, fondatrice de Bivouak RH, et Corinne Lusetti-Roger, ancienne RRH devenue indépendante, explorez une réalité partagée tout en découvrant les clés pour briser l'isolement.

En résumé

Accompagner quotidiennement les équipes expose à une solitude organisationnelle forte, rendant la préservation de la santé mentale des RH cruciale.

  • Briser l'isolement structurel demande d'accepter que les réseaux classiques d'information ne suffisent pas à travailler sa posture.
  • Bâtir un cercle de confiance hors entreprise offre un espace neutre, confidentiel et bienveillant pour échanger avec des pairs.
  • Sanctuariser du temps pour soi constitue une responsabilité professionnelle qui clarifie les décisions et affirme la posture
  • S'accorder cette bouffée d'air redonne de l'énergie pour assumer les choix complexes ou faire face à un comité de direction.

Reconnaître la solitude structurelle de la fonction

La solitude du RH, c'est souvent une réalité organisationnelle, mais c’est aussi un sentiment. Et ça concerne tous les dirigeants (ou presque) de fonction support, des grandes entreprises comme des PME.

Julie constate régulièrement cette solitude sur le terrain : la RRH de PME, rattachée directement au DG, le DRH isolé dans sa Business Unit au sein d'un grand groupe, la Head of People en start-up.

Parmi les RH, certains sont membres de réseaux professionnels, comme les ANDRH locales (Association Nationale des DRH). Cela nourrit les sujets, permet de partager des pratiques, d'échanger sur nos retours d’expérience.

On finit par se demander : c'est moi ? Et puis on réalise que non, que les autres galèrent pareil. Et ça, ça fait déjà du bien.

Corinne Lusetti-Roger
ancienne RRH devenue indépendante.

Même si on se sent moins seule face à ses problématiques, cela ne suffit pas toujours. Ces réseaux sont souvent des espaces d’informations, de rencontres ou d’échanges. Mais ils ne permettent pas de travailler sa posture, de partager une problématique confidentielle sans risque, ni de chercher des solutions avec des pairs.

Ça m'a aidée à me sentir moins seule, mais ça n’a pas suffi sur la posture. Parce que ça touche un sujet relativement personnel. Un réseau d'information, ce n'est pas un espace de travail sur soi.

Se construire un cercle de confiance

Même quand on a des collègues proches, on ne peut pas tout dire. Ils sont dans la même entreprise, ils vivent les mêmes choses, ils sont parfois concernés par les changements organisationnels.

Ce dont les RH ont besoin, c'est d'un réseau hors entreprise : suffisamment éloigné pour permettre une vraie neutralité, suffisamment proche, en termes de contexte professionnel, pour que les échanges aient du sens.

C'est ce que Julie a construit dans son programme, Bivouak RH : un groupe constitué de parcours et de statuts professionnels divers, une communauté où la confiance règne, avec une règle de confidentialité stricte.

Ce qui se dit ici, reste ici. Je peux expérimenter en toute bienveillance. Ce sentiment de sécurité, ça change tout.

Céline Verhelst
RRH chez Auchan

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Ce que Céline décrit, c'est quelque chose qui se construit dans le temps : des liens durables et réels tissés avec d'autres RRH confrontées aux mêmes réalités. Des professionnelles RH de grands groupes en pleine transformation, qui absorbent les mêmes tensions, traversent les mêmes zones de turbulences, et portent en elles les mêmes injonctions contradictoires.

"On a déjeuné entre nous. On s’apporte une écoute et un soutien en tant que personne, en tant que salariée de l’entreprise, pas juste en tant que professionnelle RH."

Ce n'est pas anodin. Se créer un tel entourage, c'est à la fois trouver une reconnaissance ("je ne suis pas la seule"), des ressources ("voilà comment elles font, elles") et un espace pour s’exprimer en toute confiance.

La connexion qu’elle a créée entre pairs va au-delà du partage d’informations et de bonnes pratiques. Quelque chose que les formations ou les réunions réseau classiques ne construisent pas.

Faire de soi une priorité, c'est aussi prendre soin des autres

C'est peut-être le changement de regard le plus important et le plus difficile à accepter.

Prendre du temps pour soi, s'entourer de pairs, rejoindre un programme d'échanges, c'est un investissement dans sa capacité à bien faire son travail. Céline le formule avec une clarté désarmante : "Faire de soi une priorité pour mieux accompagner les autres".

Et elle ajoute, simplement : "J'adore mon métier. Je serai triste de ne plus pouvoir le faire." Alors, elle a écouté les signaux pour ne pas laisser une situation se dégrader. 

Il y a une dizaine d'années, Corinne était RRH dans une entreprise dont la direction ne soutenait pas ses décisions. Sans appui du DG, sans espace pour en parler, elle s'est retrouvée dans une position intenable. Elle a fini par quitter son poste.

Je n'avais pas les ressources personnelles pour faire sans ce soutien.

Avec le recul, elle a identifié ce dont elle aurait eu besoin à ce moment-là : une communauté neutre et bienveillante, des pairs hors entreprise avec qui échanger sur ses problématiques, sans filtre, et chercher des solutions ensemble. 

À l'époque, de tels dispositifs n'existaient pas vraiment. On ne parlait pas de la santé mentale des RH. Aujourd'hui, c'est différent : les RH ont davantage conscience de l’importance de bloquer des temps dans leur agenda pour se ressourcer.

Bloquer du temps pour soi est une responsabilité professionnelle

Le manque de temps, c'est l'objection numéro un. "Je n'ai pas le temps" ; "Ce n'est jamais le bon moment" ; "J'ai trop de dossiers en cours"...

Céline l'a elle-même traversée.

On n'aura jamais le temps. C'est jamais le bon moment. Alors j'ai décidé de considérer ça autrement, j’en ai fait une priorité. C'est un temps que je prends pour en gagner par la suite.

Et le retour sur investissement est concret. Elle parle des idées qui se clarifient, des décisions qui se prennent plus vite, de l'intelligence collective qui permet de revenir aux basiques et de reposer les questions simples. 

Et puis, il y a autre chose. Quelque chose qui ne se mesure pas, mais qui se voit progressivement. Un changement dans sa posture.

Je suis plus à l'aise pour dire non. Mes collègues m’ont dit qu’ils me sentaient plus affirmée, plus apaisée. Et moi, j’ai renoué avec mes valeurs, je me suis réancrée dans mon rôle.

Les formations classiques renforcent les compétences techniques. Mais ce n'est pas suffisant pour traverser les périodes complexes, comme des plans de restructurations où vous êtes à la fois juge et partie.

Évidemment, il faut être prêt à prendre du temps, à investir sur soi, à s’ouvrir aux autres, mais c’est « une bouffée d’air qui énergise ». Ces changements de posture nous font mieux vivre certaines situations liées à la fonction RH, comme porter un projet face à un CODIR difficile ou annoncer une décision controversée aux équipes.

À votre tour de passer à l'action

Évidemment, il faut être prêt à prendre du temps, à investir sur soi, à s’ouvrir aux autres, mais c’est « une bouffée d’air qui énergise ». Ces changements de posture nous font mieux vivre certaines situations liées à la fonction RH, comme porter un projet face à un CODIR difficile ou annoncer une décision controversée aux équipes.

Les témoignages de Céline et Corinne, croisés avec le regard de Julie, montrent une chose : le temps qu’on s’accorde en tant que RH pour se former, pour échanger et se soutenir, n’est pas un luxe. Cela devient une priorité, « une responsabilité professionnelle » selon Céline, RRH depuis près de 20 ans.

Elle le résume très bien :

Pour être bien et bon dans son poste, il faut continuellement se former, être connectée aux autres et savoir prendre du recul.

Ce qui manquait il y a dix ans commence à exister, reste à vous, à nous, d'en profiter.

Commencez par répondre honnêtement à cette question : est-ce que vous prenez vraiment soin de vous dans l'exercice de votre métier ?

Parce que vous méritez autant d'attention que ceux dont vous prenez soin, retrouvez notre kit pour faire le point, repérer les signaux d’alerte et passer à l’action.

Anne-Marie Arinal

Anne-Marie Arinal

Ancienne responsable des Ressources Humaines devenue consultante éditoriale RH, Anne-Marie accompagne entreprises et dirigeants à structurer leur prise de parole en créant des contenus qui valorisent leur expertise.